mercredi 23 mars 2011

La madame dans l'autobus

Sa jeunesse a bien failli
la gober toute crue
mais l’a finalement
recrachée à la rue
comme un bout d’os
maigre et laide et
sur l’aide-
sociale

depuis ce jour
elle est montée
dans un autobus
qui semble à jamais
condamné
à faire le tour
du quartier

dans cet autobus
je l’ai vue
un autre jour
sortir de sa sacoche
le grand amour foudroyant
format poche et
tout froissé

elle en a commencé la lecture
et au fur à mesure
qu’elle avancait
je l’ai vue
se mettre en rage
et déchirer chaque page
et les fourrer violamment
dans la gueule de
sa sacoche

un peu comme
quand elle était petite
et qu’elle effeuillait
des marguerites

la rage en moins

du moins

j’ose
espérer





Christian Girard (c) 2011

mardi 15 mars 2011

LES DUNES (POGUÉSIES)

Marchant plus tôt sur le froid rivage
Où j’ai vu quand j’étais plus jeune
Se faire enterrer dans le sable
Les morts de la Grande Famine

Bien qu’étant fils de médecin
Je les fixais tout ébahi
Emportés par ce mal de chien
Qui venait avec la Famine

J’ai tout vu ça à quatre ans d’âge
En dix-huit-cent-quarante-sept
Ces dunes dressées sur le rivage
Touchant le ciel de leurs crêtes

Le vent, la pluie les ont travaillées
Les dunes se sont écroulées
Les enfants les ont piétinées
Et les os se sont révélés

Mes frères et mes soeurs sont tous morts
Ma mère à l’âge de vingt-quatre
Et moi, seul survivant, j’ai pu voir
Se remplir les champs d’patates

Volant le grain tandis qu’on crevait
Pour le mettre sur leurs tables
Les mourants couvraient les morts de sable
Et dansaient tant qu’ils le pouvaient

Nous buvions tant que jouait l’violon
Et mangions les dernières baies
Puis le chapelet, génuflexions
Près d’ceux qu’on v’nait d’enterrer

J’ai vu des ombres surgir du sable
Et danser tout autour des dunes
Danser des claquettes macabres
Sur le rythme de tristes tounes

Le ciel s’est déchiré dans un éclair
La pluie sur les dunes est tombée
Laissant là où je les ai tués
L' huissier et le propriétaire
Je suis parti boire un verre

Shane MacGowan (c) 1995
Traduction  : Christian Girard (2011)


lundi 7 mars 2011

Nous avons
la tâche immense
et le repos
difficile

ne nous manque
qu'un avenir

********************

c'est pour un peu d'attention
que j'ai mis ma main au feu


Christian Girard (c) 2011

mardi 8 février 2011

Dans la pile



"La beauté nous parle de l'improbable qui devient soudainement vrai. La grande ballerine Emma Livry, une protégée de Taglioni, par exemple, a péri dans les flammes alors qu'elle interprétait le rôle d'un papillon de nuit."

Charles Simic
Alchimie de brocante. L'art de Joseph Cornell
Éditions du Noroît
2010

Joseph Cornell, rêveur appliqué, artiste atypique, fascinant à force de discrétion, réussissait à extraire une certaine magie de tout bric-à-brac, assemblant entre eux, dans des boîtes en bois, des objets de toutes sortes, glanés au gré de ses pérégrinations solitaires dans les brocantes new-yorkaises. Ces petits mondes mis en boîte par Cornell, empreints d’une poésie toute personnelle  ayant ses accointances avec le surréalisme, le poète Charles Simic nous les restitue à sa manière, nous les partage avec ses mots, embrassant avec grâce l’indicible beauté qui s’en exhale. Plus qu’un hommage, Alchimie de brocante constitue un éblouissant documentaire-poétique , un guide invitant le lecteur sur les traces oniriques d’un univers émouvant.

Christian Girard (c) 2011







mercredi 26 janvier 2011

GROUND HOG BLUES (en chantier)

http://www.youtube.com/watch?v=olG6FL43D0M


Je voudrais tant m’attarder
à faire en trombe
des chansons sur
les marmottes

sur les marmottes
ou autres choses
tant que ça vit
et que ça remue

des chansons sans queue ni tête
à perdre ou à couper
des histoires folles
mais tout à fait calmes

des chansons pour rire
le soir au coin du feu
des chansons mielleuses
qui vous engluent la cervelle

oh oui qu’il serait bon
de faire enfin des chansons
de cet acabit sans chichis
qui se chantent en toute occasion
sur les marmottes
ou autres choses
qui rampent et qui remuent
depuis toujours

des chansons rigolotes
grâce auxquelles
les noirs desseins
doucement
s’escamotent
et qu’on rote
à fond d’intestin

des râles rigolards
qui deviendraient de l’art
dans la bouche d’un quidam
jamais revenu de Paname

des chansons sans queue ni tête
à vous couper le souffle
à grands coups de hache
le soir au fond des bois

et caetera
et caetera
et pathéties
et patatas

mais voilà t’y pas que
je divague à grands pas
avec cet inventaire intempestif
et que je cause et que je cause 
et que je n’agis pas
ce qui n’est pas très lucratif
et vraiment dommage pour moi
 Christian Girard (c) 2011

samedi 1 janvier 2011

Bilan des yeux 2010 (le reste)

Le pleure-misère
Flann O'Brien
Éd. Ombres

Dublinesca
Enrique Vila-Matas
Éd. Christian Bourgois

Les idiots (petites vies)
Ermanno Cavazzoni
Éd. Attila

L'humoriste
Georges Picard
Éd. José Corti

The rest is noise
Alex Ross
Éd. Actes Sud

Complaintes Gitanes
Federico Garcia Lorca
Éd. Allia

Contes et mécontes
Mark Twain
Éd. Allia

Chroniques
Bob Dylan
Folio-Gallimard